" Sud Ouest " (22 janvier 2010)
LE HAILLAN. Le cas est unique en France. L'élu du parti de Besancenot partage la majorité municipale PS en gardant son indépendance. Jusqu'à s'abstenir de voter le budget 2010
PS et NPA,
une lune de miel sous conditions
Jamais Philippe Rouzé n'aurait imaginé que les élections municipales de mars 2008 allaient faire de lui un prototype, ou une curiosité politique, c'est au choix. Il est le seul élu NPA, Nouveau Parti anticapitaliste (ex- LCR) d'Olivier Besancenot, à avoir fait alliance avec le PS lors des dernières municipales. La lune de miel dure depuis 21 mois. Mais on fait chambre à part : comme prévu dans le pacs politique.
Le cas est suffisamment insolite pour qu'Olivier Besancenot lui-même ait salué, par presse interposée, la solution choisie par le militant haillanais. « Je ne suis pas un ancien de la LCR historique d'Alain Krivine ; j'y suis arrivé en 2001, après le choc frontal de l'extrême droite présente au deuxième tour de la présidentielle. Mon parcours initial, c'est le pacifisme, via le Mouvement pour la paix. »
Philippe Rouzé a 44 ans quand il brigue la mairie du Haillan contre le maire sortant PS Bernard Labiste, en concurrence avec une liste divers droite-Modem conduite par l'UMP Laurent Pécout et un divers gauche teinté de vert, Roger Dulout. Le candidat de l'extrême gauche séduit 7 % des électeurs. « Ce n'est pas si mal dans une ville à la sociologie du Haillan. »
Pas mal, mais insuffisant pour se maintenir au second tour.
Une « fusion technique »
Dans ce type de contexte, plutôt que de disparaître purement et simplement du paysage, Olivier Besancenot plaide pour des « fusions techniques ». Un vocable qui signifie que des associations sont possibles, à condition de ne pas y perdre son âme. Ce type d'alliance a été rarissime au niveau national.
Pour exemple, les sept autres élus girondins du NPA siègent eux dans les oppositions. La gymnastique n'est-elle pas trop pénible? « Pas du tout, réplique Philippe Rouzé, je garde ma totale liberté de penser, d'expression et de vote ; je m'oppose régulièrement, sur le plan local, à la politique de délégation de l'eau qui doit être entre les mains du service public, à la délégation de culture à l'Entrepôt des Jalles. Idem pour les transports, pour lesquels jedemande en outre la gratuité. Je suis dans la majorité, mais pas dans l'exécutif dont les adjoints ont la charge. Cela, je l'aurais refusé. »
Fin 2009, Philippe Rouzé s'est abstenu de voter le budget 2010 proposé par la majorité PS. « Avec le PS nous sommes dans une certaine proximité politique à gauche, mais avec des différences marquées. Le NPA dénonce ouvertement le système capitaliste ; le PS se satisfait, lui, d'un capitalisme light, à visage humain comme on dit. Il existe un discours qui voudrait faire croire que droite, gauche, extrême gauche, c'est pareil. Moi je rappelle que ce n'est pas vrai (1). »
Ainsi, le conseiller municipal NPA est connu pour extraire le débat du contexte local.
Il parle des groupes pharmaceutiques qui « oublient » les enfants en Afrique, des puissants industriels qui continuent à polluer alors que l'on demande aux écoliers d'économiser l'eau du lave-mains.
« Un maire atypique »
Et le maire, Bernard Labiste, que pense-t-il aujourd'hui de cette singulière alliance ?
« Je me suis accroché une image de maire atypique ! (Rire). Au début, quelques-uns m'ont regardé de travers au PS départemental. Deux ans après, ou presque, je n'ai pas l'ombre d'un regret. Cette cohabitation se passe facilement avec moi-même et avec mon équipe (2). Chacun a ses positions, et s'y tient! C'est dans le contrat. Philippe Rouzé est un homme intelligent. Il a des convictions, nous les connaissons comme nous connaissons les points qui nous séparent - sur le plan communal, c'est essentiellement la question des délégations. Les élections sont loin désormais ; nous avons mis en place un mode de fonctionnement respectueux et sans heurts. »
Le regard du leader de l'opposition de droite, Laurent Pécout, est autrement plus critique : « Philippe Rouzé se contente de véhiculer les thèses de son parti, avec peu d'éclairage local. Dans son bulletin, « Le Trublion », il n'hésite pas à s'attaquer aux hommes, au-delà des idées. »
(1) Site : npalehaillan.org (2) La majorité municipale compte également des communistes (un adjoint) et des Verts
Auteur : Hervé Pons
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